La tente

                          Je cherche et je fouille les catalogues et les renseignements pour découvrir la tente de mes rêves, par ce que oui, j'en rêve. Mes expériences lointaines en centaines de nuitées, mes deux étés de randonnées pédestres en Islande et celle cycliste en Irlande me sont d’une utilité restreinte face à ma problématique actuelle : quelle tente pour environ 200 montages et démontages consécutifs, seul, en presqu'autonomie, sans autre moyen de locomotion que mon destrier à deux temps (jambe gauche, jambe droite), dont

la Norvège qui débute avant la fin de la fonte des neiges ? Séduit par l’abri additif de la bâche tendue en complément de la tente, la liste exhaustive et pléthorique des objets nécessaires... se réduit nécessairement face à l’addition de celle des poids ! J’avais pourtant aussi juré de ne choisir qu’une tente permettant d’abord le montage sous la pluie du double-toit avant la tente intérieure. Je délaisse ce pré-requis faute de participants suffisants à mon (vieux ?) jeu. Mais j’en garde d’autres.

Premier pré-requis, une couleur discrète

Si les rouges, orange et jaunes conviennent à merveille aux expéditions arctiques ou en ultra haute montagne, repérables en cas de nécessité, il convient de rechercher l'inverse sous des latitudes où la discrétion est le meilleur camouflage pour se faire oublier. Ayant personnellement déjà des difficultés à discerner une forêt publique d'une privée en langue française, ce n'est pas en allemand, norvégien, finnois, polonais ou tchèque que cela va s'améliorer. La tente sera verte.

Deuxième pré-requis, une tente européenne

Autant que faire ce peu, faisons local ; donc élimination les australiens Black diamond, Luxe outdoor, les américains  Big agnes, Marmot, Moutain hardware, Msr, Nemo, The north face, et le canadien Husky.

Troisième pré-requis, je suis persuadé, en épelant les syllabes per su a dé, que toutes tentes doivent faire l'objet d'un montage au préalable sur empreinte, un sous-tapis-de-sol, qui outre une aide précieuse à l’orientation de positionnement, permet de s’affranchir d’une grande partie des épines, cailloux pointus et autres agresseurs affûtes qui endommagerait le tapis de sol, donc sa durabilité. Plus grave, un seul trou dans le tapis, c’est la remontée d’eau assurée dans la tente intérieure par capillarité au minimum, par pression du corps, du pied, d’un objet encore plus surement, ne serait-ce qu'une sacoche. En outre, cette empreinte se prolongera dans l’abside : le jardin dehors, l’abside recouverte le vestibule-cuisine, la tente intérieure le salon-chambre. C’est bien simple, je ne m’intéresse pas à la qualité d’un tapis de sol, tant je crois plus surement qu’il faille se captiver pour sa protection : qu'importe le tapis de sol, pourvu qu'on est l'empreinte. Si la marque du modèle n’en propose pas ; je le confectionnerai à partir d’une bâche. Bon, le kevlar est un peu onéreux dernièrement mais on doit pouvoir bricoler ! Par défaut, le poids de l’empreinte fabriquée sera de 105g au mètre carré, la surface totale celle de la tente intérieure volontairement étendue en largeur jusqu'au double-toit et en longueur jusqu'au bout de l'abside.

Quatrième pré-requis, double-toit en nylon

J’ai longuement tenté (je sais, n'ai pu me maîtriser) de comprendre la jungle des dénominations de tissus des double-toits. Je reste tout autant persuadé, cela n’engage que moi, qu’il s’agit là de l’élément le plus important, celui à coefficient éliminatoire, avant toutes autres considérations, avant les armatures, « polonais » en traduction automatique ! J’ai facilement éliminé les cotons et autres poly coton, ce qui se fait de mieux en Europe avec la marque française Cabanon, à réserver pour le camping d’été, voire 2 saisons, presque exclusivement en statique et transport motorisé. Il faut viser cette marque pour le camping familial à Beau rivage chez l’excellente Lucette qui tient le bar : la meilleure résistance au vent, la fibre respire, la condensation est presque inexistante si peu que l’on retende les soirs de pluie, détende au grand soleil, et surtout que l’on plie à sec. Le coton se stocke sec, archi sec, duchesse ou pas. Donc ensuite, c’est la forêt inextricable des malpolis, qu’on peut toutefois classer en 2 familles : les polyesters et les polyamides, ce dernier autrement baptisé nylon pour les intimes. Avec une trentaine de marques, avec plusieurs dénominations dans chaque marque et dans chaque type, rapidement on ne sait plus où donner ni sa tête ni son choix. Pourquoi le nylon ? Parce que toutes les tentes 4 saisons extrêmes utilisées en lieux limites de survie sont en nylon. Ce qui est bon pour eux, doit, me dis-je, l’être pour moi. Et qu'inversement, toutes les super promotions où on cherche le piège du apparemment très bon rapport prix / qualité, ont toutes des double-toits polyester. Il n'y a pas de hasard.

Cinquième pré-requis, deux peaux

Double-toit ET tente intérieure, pas de mono toile ; je ne cherche pas une tente de survie ou un simple abri pour un nombre restreint de nuits.

Sixième pré-requis, maximum 4kg

Si les tentes les plus lourdes sont souvent les plus résistantes, trop pesant à compenser des mollets mollets durant 13000 km... devient par trop épuisant aux mollets durcis. Toutefois, j'étudierai les tentes de moins de 4kg sans empreinte avant d'éliminer celles avec empreinte formant plus de 4kg.

Septième pré-requis, pour 2 personnes

Exit les tentes 1 place qui me semblent trop petites pour la logeabilité des 5 sacoches et la durée du voyage. Restons aussi ouvert avec les 3 places qui réserveront peut-être quelques pépites, si tenté (on a dit qu’on arrêtait !) qu’elles ne dépassent pas les 4 kg.

 

  

Puisque l'ombre gagne,puisqu'il n'est pas de montagne au-delà des vents plus haute que les marches de l'oubli,puisqu'il faut apprendre à défaut de le comprendre, à rêver

nos désirs et vivre des ainsi soit- il. Cette force de penser que le plus beau reste à venir et loin de nos villes comme octobre l'est d'avril.

 (1)

Après étude longue et fouillée des marques et toutes leurs gammes, j'ai donc éliminer les suivantes qui ne présentent pas, même une seule référence, les caractéristiques souhaitées de mes sept points précédents : Bardani hollandais, Bergans norvégien, Camp  italien,  Easy camp par Oase danois, Ferrino italien, Fjallraven suédois, Gelert gallois, Highlander écossais, Jamet français, Outwell par Oase danois, Quetcha par Décathlon français, Rab anglais, Vango  écossais,  Wildcountry par Terra nova anglais, Wilsa français.

Les marques retenus avec au moins une référence compatible avec mes pré-requis, sont EUREKA! par Nigor hollandais, EXPED suisse, HILLEBERG suèdois, NIGOR hollandais, NORDISK danois, ROBENS par Oase danois, SOLEWA italien, TERRA NOVA anglais,   VAUDE allemand.

Les références possibles sont :

 

J'élimine à regret ces tentes où se trouvent très probablement nombres des meilleures européennes (normal, elles sont plus lourdes) mais le couperet des 4 kg avec empreinte à fait son office !

 

Les tentes éliminées ci-contre avaient participé aux différentes recherches à suivre. Après réflexion, la  surface de l'abside m'est apparue un facteur déterminant au regard de la dangerosité du réchaud trop près du double-toit par temps pluvieux : il me faut une abside plus grande.

Pour qui cherche une deux places avec mes mêmes pré-requis mais en différence une petite abside, voici pour info le trio gagnant écrémé :    

1.  Nallo 2 de Hilleberg

2.  Merlin de Robens

3.  Voyager XL de Terra Nova

 

Revenons au point d’attrait principal, le double-toit. Ils sont tous désormais en nylon, d’accord, c’est bien, certains stop déchirure (je vais présenter mon chat, histoire de redéfinir le mot) mais, ne pouvons nous pas classifier les différents nylons. Et bien, si ! Trois éléments semblent fondamentaux au jugement de la qualité du nylon :

  • le nombre, outre la teinture et l’anti-UV, de couches de traitement : les 3 couches en 2 extérieur et 1 intérieur, les 2 couches en 1 et 1, les 1 couche extérieur.

  • le nombre de deniers (le denier renvoie au poids et non à la force d'une fibre. Un nombre de deniers plus élevé engendre un tissu plus lourd, donc également plus résistant) : 40, 30, 20, 15 ou 10 deniers (on note toutefois que le nombre de deniers ne peut être comparable qu’à une même fibre : un 40 deniers polyester est bien moins résistant (et plus lourd et moins cher) qu’un 40 deniers nylon).

  • l’hydrostatique, le nombre de millimètres d’eau dans une colonne appliqué sur une surface donnée qui résiste à la pénétration de l’eau par son poids - la pluie -, ou sa force - le vent pluvieux - : 6000, 4000, 3000, 2000, 1500 mm. Plus il y a de mm, mieux c’est imperméable.

Si on attribue :

> la note 20 au double-toit en 3 couches, 10 en 2 couches et 0 en 1 couche

> la note 20 aux 40 deniers, 15 aux 30, 10 aux 20 et 0 aux 15 deniers

> la note 20 aux 4000mm, 15 aux 3000, 10 aux 2000, 0 aux 1500 mm

Alors le tableau des références s’organise en notes de 18,33 à 5. Bonne pluie, poids de neige ou branches qui frottent aux quatre dernières, toutes notées 5 : Didis 2, Trollhetta-Rondane 2, Trollhetta-Rondane 3, Venus II UL. Je crois qu’il ne faut pas supprimer d’autres références, celles notées 10 à 5, à partir de ces seules données. Une tente se regarde aussi sous d’autres angles.

 

Ma problématique de départ reste la logeabilité. Ici je ne compare pas mon espace où dormir, j’ai toute la place nécessaire, seul pour toutes ces tentes 2 ou 3 personnes, même si je suppute que certaines tendent vers le couple particulièrement serré, voire fusionnel. Je compare une logeabilité globale : si l’abside est trop petite, je déposerai mes sacoches dans la tente intérieure. Si cette dernière est plus restreinte, l’inverse puisqu’alors l’abside sera plus grande. Donc, étudions la surface totale formée par celles du tapis de sol et de l’abside. Il se trouve que je suis grand et naturellement proche de la souplesse d’un manche à balai. La position assise ne doit en aucun cas, par ma tête dure, faire toucher le haut de la tente intérieure au double-toit : toit humide à la première condensation et fuite assurée à la première pluie. On ne touche, ni aucun objet, jamais aux pans muraux par temps humide. Il s’agit d’un principe immuable dans n’importe quelle tente, si fait qu’une grande tente à priori ne l’est pas tant qu’elle puisse apparaître au premier abord. La logeabilité, c'est donc aussi la hauteur de la tente. 12 produits se démarquent par une surface restreinte de 5 m² ou moins, 5 de hauteur 95 centimètres ou moins. Je décide d'élimer seulement celles communes aux 2 données, peut être de bons produits mais destinés à mon sens aux personnes souples et de petites tailles. Merci à Alptreck III, Parula 3 et Sierra Treck II pour leurs participations.

On peut penser que les modèles ayant résistés aux sept pré-requis et aux éliminations préalables sont de « bons produits ». Je n'en suis pas du tout certain. C'est du merchandisage, science psycho-sociale qui permet de nous faire croire qu'une pelle à gâteau permet de jardiner, qu'une bêche coupe la pizza ou que ma vessie est une lanterne, dont viendra le nouveau filtre. Certaines marques ont l'honnêteté, c'est une bonne statégie, de dire la vérité. Donc merci aux commentaires de certaines références précises des catalogues des marques Hilleberg, Exped et Euréka! pour :

  • " idéal pour les voyages mobiles dans des conditions plus chaudes "

  • " destinée à une utilisation estivale "

  • " optimal pour les courtes virées par températures estivales "

  • " pour voyage à la météorologie plus chaude "

  • " 3 saisons, basique, ultra-légère "

Les références concernées ne conviennent donc pas à mon utilisation prévisionnelle. Pour d'autres utilisations donc les : Anjan 2 GT, Anjan 3, Anjan 3 GT, Carina II, Mira III HL, Rogen, Sentinel 2 SUL, Sentinel 3 SUL.

 

Ensuite, il reste à chasser quelques produits dont le positionnement de fabrication et le faire-valoir mercantile sont élaborés pour "ratisser large" et minorer leurs faibles propensions d'utilisation répétée et intensive au sain de fortes conditions météorologiques. Pour les débusquer, il faut pour finir les scruter face au vent violent : un des ennemis du campeur. Le squelette d’arceaux est l’ossature qui maintient la toile debout. N'ayant rien trouver de cohérent et factuel, rien qui permette la comparaison d'une marque à l'autre ni même un modèle à l'autre, ayant lu la bêtise que la résistance au vent est inversement proportionnelle au poids de la tente, j'ai imaginé la formule comparative qui suit. Il s’agit de chercher la résistance moyenne des arceaux et de comparer avec le volume. Problème, les volumes sont de formes très dissemblables, les hauteurs différentes. La méthode :

 

1) afficher le diamètre des arceaux (les plus fins, s’il y a plusieurs diamètres) partant du principe que la valeur d’une chaîne est égale à son maillon le plus faible.

 

2) afficher le nombre d’arceau principaux (un arceau qui maintien un auvent de porte, par exemple, n'est pas comptabilisé).

 

3) la multiplication de l’un par l’autre détermine une sorte de " valeur globale de résistance des arceaux ", commune et comparable.

 

4) chercher le volume de la tente sous une norme commune et cohérente à présenter au vent : un cône, avec la formule " (π r² h)/3 " où r est le rayon, donc la moitié de la racine carré de la surface totale, h la hauteur intérieure. Ainsi, quelles que soient les différentes formes de tentes ; elles sont toutes transformées en tipi tout en gardant les dimensions initiales.

 

5) établir " l'indice de résistance conique (2)" du nombre " valeur globale de résistance des arceaux " en rapport avec le nombre " volume conique ".

Sous Excel, si les colonnes C=surface ; D=hauteur ; E=diamètre, F=nombre d'arceaux ; si 3=la première ligne de calcul ; alors la formule à tirer vers le bas en G3 est " =(E3*F3)/((3.14*((((RACINE(C3))/2)^2)*D3))/3) " avec une attention particulière du point ou de la virgule dans les chiffres selon la configuration et sans oublier aucun " = " ni " ^ " ni aucune parenthèse

 

Je supprime celles qui résultent d'un indice inférieur à la moyenne. On note que deux références de renoms éliminées (Orion 3 extreme et Nammatj 3) partent pourtant en expéditions où l’extrémisme des conditions météo met la vie humaine en danger mortel. On saura que les arceaux sont alors doublés... Il y a là une idée à creuser éventuellement ; choisir une bonne tente au double-toit nylon et à bon prix puis investir dans des 9,00 mm DAC NSL à 40€ pièce en doublant les arceaux non sans avoir vérifier que les goulottes (tunnels dans lesquels passent les arceaux) et les godets (réceptacles de pieds d'arceaux) les acceptent.

 

Les finalistes sont :

 

On arrive désormais, en dehors de notion très tangible des prix, au jeu des détails, de l’intuitif et du ressenti.

  • Kaitum 2 : je ne garde pas. Trop lourde et bi abside qui oblige à segmenter le matériel (vue personnelle, au contraire certains utilisateurs apprécient, souvent les marcheurs).

  • Nallo 2 GT : je garde. Compacte, mono grande abside, poids attractif.

  • Nallo 3 GT : je ne garde pas. Avec une grande tente intérieure et une grande abside, j’ai vu trop grand pour finir avec trop de poids. Etant la seule finaliste 3 places, à pré-requis égal, je recommande chaudement ce modèle pour un couple. Le poids peut être réparti sur les 2 vélos.

  • Oppland 2 SI : je garde. Compacte, mono grande abside, poids intermédiaire.

  • les deux Orion et deux Vénus présentent toutes des doubles absides que j’apprécie peu, toutes une imperméabilité particulièrement faible à 1500mm due à une seule couche. Je garde l’Orion II extreme pour sa hauteur exceptionnelle et sa géniale faîtière.

 

Revue de détail du podium :

 

 

 

Mon choix final :  Hilleberg  Nallo 2 GT

 

 

(1)  "Puisque tu pars" J.J. Goldman

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